
Il est 20 h 37, je pivote le volant une dernière fois, et arrête la voiture, des aller –retour rarissimes sur la ruelle, des regards qui se scrutent, qui me scrutent, je suis nauséeuse…
Le téléphone sonne, c’est ton numéro qui s’affiche, je n’ai pas encore pris le temps de le répertorier, je ne sais pas si je devrais…
Ta voix, elle a légèrement changé, je devines, que comme ton visage, elle a pris quelques ridules, tu vérifie si je suis bien en route, je te réponds que je suis à l’entrée du restaurant…
Au moment de franchir la porte, je sens tout mon courage prendre fuite, mes jambes n’avancent plus…
Te revoir après ces longues années, rappeler une vie lointaine, un passé presque décomposé…Je ne sais même pas pourquoi tu m’as rappelé, ni comment t’as trouvé mes coordonnées, j’ignore encore plus si je vais te reconnaître…
L’homme du service croyait bien faire en m’ouvrant la porte, avec un grand sourire satisfait, je réponds d’un merci troublé, et j’avance lentement, on dirait que je marche dans l’obscurité…je tourne la tête, je cherche des yeux, je ne te vois pas. Des groupes, des couples, le bruit des couverts, je tente de rebrousser chemin, je me heurte à ton image, à toi, debout, avec le même sourire rusé, mais avec des yeux moins pétillants…J’hésite encore pour placer un mot, tu me prends la main et m’indique la table…
Tu demandes des mes nouvelles, tu pose des questions sur ce que je fais, tu me demandes depuis combien de temps je porte mon alliance, si j’ai des enfants …
Toi tu n’as pas trop changé en apparence, toujours à flairer les bonnes opportunités, à descendre tout ce qui risque d’arrêter ta course, tu semble bien arrivé à ce que tu convoitais le plus…
Tu me dis que je suis devenue une femme, je te demande pourquoi m’avoir rappelée…
La question semble te choquer, tu sors une « pour avoir de tes nouvelles » classique, je souris et je détourne mon regard…
Un long silence s’installe, tu me dévisage encore…J’annonce que je dois partir, tu esquisse un accord de la tête et tu demande l’addition…
Tu m’accompagne jusqu’au parking, on se quitte en silence.
Après 100 mètres, tu m’écris « Excuses moi d’avoir été idiot, je regrette »
Je suis bien loin…







